Je suis étudiant en histoire qui partage sur ce blogue ses réflexions sur cette discipline, mais aussi sur la politique, l'actualité, les enjeux sociaux, le plein air, la formule un et tout autre sujet sur lequel son regard peut s'arrêter, dont des anectodes plus personnelles.
J’avais parlé, au mois de juillet, que j’allais avoir deux nouveaux emplois en septembre. Finalement, ce n’est qu’un nouvel emploi que j’ai, le second n’étant, finalement, pas ma tasse de thé.
Ce nouvel emploi consiste à accompagner une personne non voyante, conséquence d’un grave accident d’automobile au cours duquel elle a également subi un traumatisme craniocérébral (TCC). En fait, c’est le TCC qui fut la séquelle la plus importante de l’accident, car comme pour beaucoup de TCC, les capacités cognitives sont affectées. C’est davantage cette réalité que la cécité qui exige qu’elle soit en permanence accompagnée. Bien sûr, la concomitance rend son cas plus « lourd » que bien d’autres TCC, mais heureusement, son moral est assez positif, ce qui vient balancer.
Et pour un accompagnateur, comme pour les proches, j’en suis certain, un TCC qui conserve un bon moral est moins épuisant qu’un TCC qui n’a plus le moral, ou pire, qui a d’importantes fluctuations de l’humeur, même si le premier est physiquement et cognitivement plus affecté que le second.
Travailler avec mon client est donc très agréable, bien que je sois épuisé à la fin de chaque journée. À force de travailler avec des TCC, c’est une réalité à laquelle je me suis habitué.
Je bénéficie d’une grande liberté, tant de mes interactions avec le client que dans mes mouvements. Par exemple, une journée où il n’y avait rien au programme, je suis allé faire mes courses avec le client. J’ai fait d’une pierre deux coups, car pour le client, il était plus intéressant de venir avec moi faire des courses que de rester à la maison cette journée-là. Vous comprendrez que pour mon client, les activités à la maison sont peu nombreuses.
Tout de même, j’espère que lors des prochaines semaines, il y aura une ou deux activités organisées auxquelles il voudra participer. Il a l’embarras du choix entre les organismes pour TCC et celles pour les aveugles. Mine de rien, ça demande de l’imagination de trouver des choses à faire quatre jours de suite, alors un petit coup de pouce serait bien apprécié.
Heureusement, j’ai jeté un coup d’oeil à ses différents calendriers et il semble qu’il y aura effectivement des activités organisées dans les prochaines semaines.
Je suis toujours vivant! Plus que jamais, même.
C’est assez fou ce qui arrive dans ma vie en ce moment. Fou, dans le bon sens du terme. Dire qu’il y a un peu plus d’un an, c’était le flou total concernant mon avenir. Mes études en histoire stagnaient, malgré l’intérêt. Mon père n’avait pas d’emploi et je ne prévoyais pas en avoir un non plus pour l’été qui allait venir. Mon frère était malade et on ne savait trop à quoi s’attendre. Je me sentais condamné par mon « état dépressif », expression nébuleuse employée par mon médecin pour expliquer ma fatigue chronique et ma difficulté de concentration, même si l’humeur y était, malgré tout.
Qui plus est, la trentaine approchait et je la sentais venir comme un bélier (la machine de guerre et non le mâle de la brebis). C’est qu’à la mi-vingtaine, je me disais que si j’arrivais à trente ans sans au moins avoir décroché mon baccalauréat en histoire, c’est que ça allait mai. Alors rendu à vingt-huit ans…
Malgré un été 2011 qui s’est finalement avéré plutôt bien, la session d’automne suivante a été difficile, au point que j’ai envisagé un changement d’institution en décembre (billet de janvier). Heureusement qu’il y a eu le travail. De continuer à travailler pour l’organisme communautaire qui m’avait engagé l’été précédent me permit non seulement de garder le moral, mais fut déterminant. C’est grâce à cet emploi que j’ai commencé à méditer sérieusement sur mon orientation professionnelle et que j’en suis venu à prendre l’importante décision de quitter l’histoire pour le travail social.
Un tournant était franchi, mais je continuais d’être inquiet. Mon contrat actuel est d’une durée déterminée et j’appréhendais de me retrouver sans emploi en septembre, alors ce que n’est qu’en septembre 2013 que je pourrai commencer mes études en travail social. D’ailleurs, je n’avais pas été retenu par un autre organisme communautaire pour un contrat de conseiller.
Malgré un second été agréable, l’automne et l’hiver s’annonçaient difficiles.
Et puis, en juin, alors que je n’ai plus vraiment d’attentes, les astres s’alignent. L’organisme communautaire qui m’avait refusé me rappelle parce que celui qu’ils ont préféré à moi ne fait finalement pas l’affaire. Le projet est très motivant, alors j’accepte. Quelques jours plus tard, la mère d’une personne non voyante me confirme que je serai son accompagnateur à partir de septembre. Cette personne fut victime d’un traumatisme crânien, je le connais donc déjà.
Finalement, non seulement j’aurai deux bons emplois en septembre, en plus de continuer à donner un peu de temps à mon organisme pour les traumatisés crâniens (l’automne, c’est leur « basse saison »), mais ce sont deux emplois qui me permettront d’élargir mes horizons dans le domaine de l’intervention sociale, de confirmer (ou non) mon intérêt pour ce domaine et d’étoffer mon dossier pour ma demande d’admission en mai prochain.
La vie a vraiment un humour étrange. Elle semble se moquer de toi. Elle t’envoie comme message que tu ne réussiras pas malgré tes efforts et tes espoirs, puis quand tu l’acceptes et n’attends plus rien d’elle, elle te fournit les outils dont tu as besoin et te pave la voie pour un avenir meilleur!
Je me pose une question, ces temps-ci, au travail.
Nous avons un membre qui a un problème avec l’État concernant l’aide financière de dernier recours (assistance sociale) dont il est bénéficiaire. À titre d’information, notre organisme a comme membre presque exclusivement des personnes ayant des contraires sévères à l’emploi permanentes (invalidité) et ce membre en fait partie.
Je ne me rappelle plus exactement ce dont il souffre. C’est écrit dans mes dossiers sous clé au bureau. Je peux toutefois affirmer qu’il s’agit d’un état incapacité depuis l’âge mineur et que cet état altère ses facultés mentales.
Cette personne est locataire d’un logement à loyer modéré, mais passe beaucoup de temps, y compris des nuitées, chez une autre personne. Par un moyen inconnu, Emploi Québec a été informé que cette personne ne résidait pas chez lui, ce qui n’est ni vrai, ni faux. Emploi Québec a donc pris une décision, ce qui constitue toujours une sorte de condamnation juridique pour cette agence, et réclame un montant important à notre membre. Montant qu’il ne peut évidemment pas rembourser.
Dans la plupart des cas, je trouverais le jugement d’Emploi Québec normal. Une personne qui bénéficie d’une aide financière de dernier recours est tenue de lui fournir des renseignements véridiques et à jour. Dans une optique de réinsertion du marché du travail, il est naturel qu’un bénéficiaire voie son aide ajustée en conséquence, voire retirée. En outre, si cette personne omet de mentionner son état de cohabitation, Emploi Québec serait dans son bon droit d’affirmer qu’il y a eu une fraude.
Cependant, notre membre n’est pas dans la plupart des cas. Il ne travaillera jamais, un état reconnu. Il est assez autonome pour ne pas être dans un CHSLD ou une ressource quelconque. Il n’y serait pas à sa place de toute façon. Il n’est toutefois pas assez autonome pour comprendre et assimiler tous les tenants et aboutissants des règles imposées par l’État.
Même si c’était le cas, il fait partie de ces nombreuses personnes que leur condition met en marge de la société. Or, le mandat premier de notre organisme est de ramener ces personnes à l’intérieur de la société. On considère donc que, lorsqu’une personne telle que notre membre parvient à se faire un petit cercle social, il ne faut surtout pas aller la pénaliser. Plus encore, il ne faut pas conclure qu’elle peut, délibérément et en toute connaissance de causes, produire de fausses déclarations.
Si elle le fait, c’est clairement en raison d’un sentiment de peur, et certainement pas avec le dessein de « mal faire », de frauder!
Ces gens n’ont rien dans la vie et ce que l’État leur fournit est bien maigre pour survivre de nos jours. Ils y parviennent néanmoins et tant mieux s’ils peuvent alléger un peu leur fardeau en nouant des liens avec d’autres personnes. D’autant plus que, dans le cas qui nous concerne, les personnes avec qui il a tissé des liens ne sont pas dans une posture financière plus confortable que la sienne!
Je me demande donc s’il ne s’agirait pas, au mieux, d’un manque de discernement, au pire, d’une forme de judiciarisation visant à aller récupérer des deniers publics là où il semble le plus facile d’aller en chercher : auprès des personnes vulnérables.
C’est une semaine bien remplie à mon travail qui se termine aujourd’hui. Un travail de plus en plus intéressant d’ailleurs.
À l’occasion de la Semaine québécoise du traumatisme crâniocérébral, nous avons tenu trois journées consécutives d’activités pour les membres. En ce qui me concerne, tout a débuté par une activité de sensibilisation dans un secteur situé à 2 h 30 de route (3 h, avec les arrêts; 6 h, aller-retour) de notre siège social, pour une grande journée de 10 h. Le lendemain, l’activité organisée avait lieu seulement à 1 h du siège social (1 h 15, avec les arrêts; 2 h 30, aller-retour), pour une journée plus traditionnelle de 8 h. Aujourd’hui, l’activité se déroulait, heureusement, dans la même ville que le siège social.
S’il arrive quelquefois durant l’année que nous faisons trois activités dans la même semaine, elles sont rarement aussi géographiquement éloignées les unes des autres et condensées ainsi. Ce fut donc assez épuisant, mais ces activités ont permis aux membres de s’amuser et à l’organisme, de faire un peu plus avancer la cause.
Mon travail dans le milieu devient tranquillement plus intéressant et motivant. Je mène un projet avec un membre en particulier qui progresse et qui me permet d’apprendre beaucoup. Ce projet me permettra aussi de rencontrer ses intervenants du milieu sous peu. Je devrais aussi représenter mon organisme lors d’un salon sur la réadaptation.
Mon aventure dans le domaine social est donc un peu plus concrète, ce que je trouve très bien.
Ma décision est prise : je vais essayer d’être admis en travail social en septembre 2013. J’ai des chances autant du côté de mon parcours scolaire postsecondaire, même si ce n’est pas mon meilleur atout, que du côté de parcours personnel, probablement mon meilleur atout.
Dans mon précédent billet sur le sujet, j’ai parlé de mes motivations pragmatiques : proximité du campus, perspectives d’embauche, etc. Mais il y a des motivations plus personnelles, disons. Depuis un peu plus d’un an, je suis plongé dans l’univers, avec les péripéties de mon frère et mon travail avec les personnes traumatisées craniocérébrales (TCC) et je m’y sens à l’aise.
Avec mon frère, j’ai découvert le monde de la réadaptation, un concept vaste qui regroupe à peu près tous les services que peut recevoir un client. Ça va de l’hébergement aux appareils d’ergothérapies (fauteuil roulant, etc.), en passant par l’accompagnement dans le système à la recherche de services externes comme la massothérapie. Dans un sens, je n’ai pas aimé être confronté aux impératifs des « services sociaux », parce qu’elle concernait directement mon frère, mais dans un autre sens, j’ai trouvé ça stimulant d’en apprendre plus là-dessus et d’essayer de trouver des solutions pour lui.
Bien qu’il s’agisse d’un univers semblable, c’est surtout le volet « intégration sociale » que j’ai exploré avec les TCC. Ça faisait quelques années déjà que mon amie me demandait d’aller travailler pour son organisme l’été (travail étudiant), mais je refusais, un peu perplexe sur mes capacités. Il semble que j’avais tort, car je me débrouille plutôt bien, sans fausse modestie. J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à faire de travail, ce qui explique pourquoi je suis demeuré surnuméraire à la fin du contrat.
Cet été, mon travail consistait surtout à trouver des activités, allant de la grande sortie au simple plique-nique, adaptées, ou facilement adaptables, pour des TCC, mais aussi pour des personnes handicapées. Je devais aussi bien les répartir dans le calendrier et organiser tout ce qui devait l’être. Tantôt seulement le transport, tantôt l’activité au complet. J’accompagnais aussi les membres de l’organisme à l’activité.
Ça peut paraître banal comme travail, mais ce ne l’était point. Notre clientèle est essentiellement composée de TCC dits sévères, un groupe qui inclut maintenant les TCC qu’on qualifiait de « modérés ». Ça veut dire une clientèle dont les séquelles du traumatisme sont irréversibles. Ces séquelles peuvent prendre une multitude de formes, mais les plus communes sont la fatigue précoce, le manque d’inhibition, des problèmes d’équilibres et des sens soit absents, soit très développés (ex. : intolérance au bruit, aux odeurs, etc.).
Donc, ce n’est pas une mince affaire que d’organiser les activités ni d’accompagner les membres, mais c’est extrêmement gratifiant. J’adorais faire ça.
Depuis septembre, je suis un peu moins dans l’organisation, mais un peu plus dans l’accompagnement, dans la mesure où, contrairement à cet été, je viens un peu plus en aide directement aux membres qui en ont besoin. Cet été, c’était le travail des bénévoles, alors que j’étais l’animateur. Je goûte aussi ce qui concerne la gestion et le fonctionnement d’un organisme communautaire, dont la recherche de partenaires, l’implication dans diverses associations et l’élaboration de plan pour obtenir des subventions. Je mène aussi un projet personnel avec un membre, ce qui m’amène à découvrir le monde de l’intervention.
Il n’y a pas grand-chose que je n’ai pas aimé ou n’aime pas dans le travail que je fais. Je suis moins enthousiasmé quand je passe la journée à faire des statistiques ou construire des tableaux sur Excel, mais ça fait partie du lot et ça me convient.
Ce sont ces deux expériences qui me motivent à changer de branche. Je me sens un peu comme un poisson dans l’eau, surtout que s’ajoute à mon expérience une décade d’animation jeunesse. Mes collègues de travail et mes proches me voient bien dans ce domaine et je m’y vois aussi. J’ai envie d’en savoir plus et d’en faire plus.