Étudiant au baccalauréat en travail social, je partage sur ce blogue mes réflexions les enjeux sociaux, mais aussi mon ancien domaine d'étude, l'histoire, ainsi que sur la politique, l'actualité, le plein air, la formule un et tout autre sujet sur lequel mon regard peut s'arrêter, dont des anectodes plus personnelles.
plus...
Install Theme

À ma place

Pour l’une des rares fois dans ma vie, je me sens à ma place. Je ne parle pas de Val-d’Or, mais du baccalauréat en travail social. Il est difficile pour moi de m’attacher à Val-d’Or. Là où j’habite habituellement, je connais le meilleur des deux mondes. Je suis près de la métropole et près de la nature verdoyante de Lanaudière.

Ce fut plus facile de m’attacher au baccalauréat en travail social. J’aime la plupart des cours que j’ai à mon horaire, même si je peine à comprendre les critères d’évaluation de l’un de mes professeurs. Sinon, la matière est très intéressante, les professeurs savent nous allumer et les autres étudiants…

Je n’ai jamais été dans des classes aussi diversifiées. Il y a plusieurs autres adultes de ma tranche d’âge ayant un vécu professionnel et personnel à partager. Cela ajoute beaucoup à la partie magistrale. L’un a travaillé avec les itinérants, une autre a travaillé avec les jeunes délinquants. Une étudiante peut faire des liens avec son expérience en centre jeunesse (DPJ).

Moi aussi, je peux établir des parallèles, tant avec mon expérience avec les jeunes (Scouts), mon travail auprès des traumatisés crâniens et mon frère polyhandicapé.

Outre l’expérience de plusieurs, beaucoup d’étudiants viennent de l’extérieur de l’Abitibi. Québec, Trois-Rivières, Mascouche, Sorel-Tracy, etc. D’être entouré de gens qui vivent aussi l’éloignement, les aller-retours, l’adaptation à une région qui a parfois des airs de pays à part entière, ça fait du bien. Je ne suis pas le seul à chercher à retourner vers les miens.

Je ne considère pas être à ma place à Val-d’Or, mais je suis certainement à ma place au baccalauréat en travail social et parmi les autres étudiants.

Enfin du concret

Ce n’était pas mon premier choix, mais lorsqu’on choisit (un bien grand mot, en fait!) de suivre un autre chemin que celui qui est déjà tout tracé, on doit souvent faire une croix sur ses premiers choix.

Si bien que, moi qui espérais entreprendre mon baccalauréat en travail social sur un campus situé à seulement 30 km de chez moi, je vais plutôt poursuivre mes études dans une université qui est à une distance de 500 km de ma maison!

Mais voilà, cette université est l’une des rares au Québec pour laquelle le programme en travail social n’était pas contingenté, faisant en sorte qu’il restait quelques places pour l’automne 2013, même plus d’un mois après la date limite d’admission.

J’ai saisi la balle au vol. Je préfère faire trois ans d’études à 500 km de chez moi plutôt que devoir retourner au cégep pour finir mon DEC en sciences humaines ou opter pour la passerelle DEC-BAC via une technique en travail social. J’aurais étudié près de chez moi, mais je remettrais à cinq ans, davantage peut-être, la date prévue d’obtention de mon bac.

Je m’exilerai vers la fin août. Je compte revenir pour une fin de semaine avant la relâche de mi-session, que j’envisage également de passer chez moi. Enfin, je reviendrai pour une autre fin de semaine entre la relâche et la fin de session. C’est mon plan pour chaque session, en revenant dans mon patelin tous les étés, bien entendu.

Avec un peu de chance, je pourrai même faire la troisième année en restant chez moi, en raison des stages. C’est à voir.

Depuis mon désir de changer de branche il y a un an, voilà enfin du concret. Habituellement, le concret vient après les études, largement théoriques, mais dans mon cas, je navigue dans un domaine où je n’ai pas de rôle défini ni de formation de base adéquate. Je navigue sans carte, sans compas et sans cap.

Voilà pourquoi, pour moi, la théorie apparaît comme quelque chose de concret.

Mon nouvel emploi

J’avais parlé, au mois de juillet, que j’allais avoir deux nouveaux emplois en septembre. Finalement, ce n’est qu’un nouvel emploi que j’ai, le second n’étant, finalement, pas ma tasse de thé.

Ce nouvel emploi consiste à accompagner une personne non voyante, conséquence d’un grave accident d’automobile au cours duquel elle a également subi un traumatisme craniocérébral (TCC). En fait, c’est le TCC qui fut la séquelle la plus importante de l’accident, car comme pour beaucoup de TCC, les capacités cognitives sont affectées. C’est davantage cette réalité que la cécité qui exige qu’elle soit en permanence accompagnée. Bien sûr, la concomitance rend son cas plus « lourd » que bien d’autres TCC, mais heureusement, son moral est assez positif, ce qui vient balancer.

Et pour un accompagnateur, comme pour les proches, j’en suis certain, un TCC qui conserve un bon moral est moins épuisant qu’un TCC qui n’a plus le moral, ou pire, qui a d’importantes fluctuations de l’humeur, même si le premier est physiquement et cognitivement plus affecté que le second.

Travailler avec mon client est donc très agréable, bien que je sois épuisé à la fin de chaque journée. À force de travailler avec des TCC, c’est une réalité à laquelle je me suis habitué.

Je bénéficie d’une grande liberté, tant de mes interactions avec le client que dans mes mouvements. Par exemple, une journée où il n’y avait rien au programme, je suis allé faire mes courses avec le client. J’ai fait d’une pierre deux coups, car pour le client, il était plus intéressant de venir avec moi faire des courses que de rester à la maison cette journée-là. Vous comprendrez que pour mon client, les activités à la maison sont peu nombreuses.

Tout de même, j’espère que lors des prochaines semaines, il y aura une ou deux activités organisées auxquelles il voudra participer. Il a l’embarras du choix entre les organismes pour TCC et celles pour les aveugles. Mine de rien, ça demande de l’imagination de trouver des choses à faire quatre jours de suite, alors un petit coup de pouce serait bien apprécié.

Heureusement, j’ai jeté un coup d’oeil à ses différents calendriers et il semble qu’il y aura effectivement des activités organisées dans les prochaines semaines.

La vie a un humour étrange!

Je suis toujours vivant! Plus que jamais, même.

C’est assez fou ce qui arrive dans ma vie en ce moment. Fou, dans le bon sens du terme. Dire qu’il y a un peu plus d’un an, c’était le flou total concernant mon avenir. Mes études en histoire stagnaient, malgré l’intérêt. Mon père n’avait pas d’emploi et je ne prévoyais pas en avoir un non plus pour l’été qui allait venir. Mon frère était malade et on ne savait trop à quoi s’attendre. Je me sentais condamné par mon « état dépressif », expression nébuleuse employée par mon médecin pour expliquer ma fatigue chronique et ma difficulté de concentration, même si l’humeur y était, malgré tout.

Qui plus est, la trentaine approchait et je la sentais venir comme un bélier (la machine de guerre et non le mâle de la brebis). C’est qu’à la mi-vingtaine, je me disais que si j’arrivais à trente ans sans au moins avoir décroché mon baccalauréat en histoire, c’est que ça allait mai. Alors rendu à vingt-huit ans…

Malgré un été 2011 qui s’est finalement avéré plutôt bien, la session d’automne suivante a été difficile, au point que j’ai envisagé un changement d’institution en décembre (billet de janvier). Heureusement qu’il y a eu le travail. De continuer à travailler pour l’organisme communautaire qui m’avait engagé l’été précédent me permit non seulement de garder le moral, mais fut déterminant. C’est grâce à cet emploi que j’ai commencé à méditer sérieusement sur mon orientation professionnelle et que j’en suis venu à prendre l’importante décision de quitter l’histoire pour le travail social.

Un tournant était franchi, mais je continuais d’être inquiet. Mon contrat actuel est d’une durée déterminée et j’appréhendais de me retrouver sans emploi en septembre, alors ce que n’est qu’en septembre 2013 que je pourrai commencer mes études en travail social. D’ailleurs, je n’avais pas été retenu par un autre organisme communautaire pour un contrat de conseiller.

Malgré un second été agréable, l’automne et l’hiver s’annonçaient difficiles.

Et puis, en juin, alors que je n’ai plus vraiment d’attentes, les astres s’alignent. L’organisme communautaire qui m’avait refusé me rappelle parce que celui qu’ils ont préféré à moi ne fait finalement pas l’affaire. Le projet est très motivant, alors j’accepte. Quelques jours plus tard, la mère d’une personne non voyante me confirme que je serai son accompagnateur à partir de septembre. Cette personne fut victime d’un traumatisme crânien, je le connais donc déjà.

Finalement, non seulement j’aurai deux bons emplois en septembre, en plus de continuer à donner un peu de temps à mon organisme pour les traumatisés crâniens (l’automne, c’est leur « basse saison »), mais ce sont deux emplois qui me permettront d’élargir mes horizons dans le domaine de l’intervention sociale, de confirmer (ou non) mon intérêt pour ce domaine et d’étoffer mon dossier pour ma demande d’admission en mai prochain.

La vie a vraiment un humour étrange. Elle semble se moquer de toi. Elle t’envoie comme message que tu ne réussiras pas malgré tes efforts et tes espoirs, puis quand tu l’acceptes et n’attends plus rien d’elle, elle te fournit les outils dont tu as besoin et te pave la voie pour un avenir meilleur!

Une forme de judiciarisation?

Je me pose une question, ces temps-ci, au travail.

Nous avons un membre qui a un problème avec l’État concernant l’aide financière de dernier recours (assistance sociale) dont il est bénéficiaire. À titre d’information, notre organisme a comme membre presque exclusivement des personnes ayant des contraires sévères à l’emploi permanentes (invalidité) et ce membre en fait partie.

Je ne me rappelle plus exactement ce dont il souffre. C’est écrit dans mes dossiers sous clé au bureau. Je peux toutefois affirmer qu’il s’agit d’un état incapacité depuis l’âge mineur et que cet état altère ses facultés mentales.

Cette personne est locataire d’un logement à loyer modéré, mais passe beaucoup de temps, y compris des nuitées, chez une autre personne. Par un moyen inconnu, Emploi Québec a été informé que cette personne ne résidait pas chez lui, ce qui n’est ni vrai, ni faux. Emploi Québec a donc pris une décision, ce qui constitue toujours une sorte de condamnation juridique pour cette agence, et réclame un montant important à notre membre. Montant qu’il ne peut évidemment pas rembourser.

Dans la plupart des cas, je trouverais le jugement d’Emploi Québec normal. Une personne qui bénéficie d’une aide financière de dernier recours est tenue de lui fournir des renseignements véridiques et à jour. Dans une optique de réinsertion du marché du travail, il est naturel qu’un bénéficiaire voie son aide ajustée en conséquence, voire retirée. En outre, si cette personne omet de mentionner son état de cohabitation, Emploi Québec serait dans son bon droit d’affirmer qu’il y a eu une fraude.

Cependant, notre membre n’est pas dans la plupart des cas. Il ne travaillera jamais, un état reconnu. Il est assez autonome pour ne pas être dans un CHSLD ou une ressource quelconque. Il n’y serait pas à sa place de toute façon. Il n’est toutefois pas assez autonome pour comprendre et assimiler tous les tenants et aboutissants des règles imposées par l’État.

Même si c’était le cas, il fait partie de ces nombreuses personnes que leur condition met en marge de la société. Or, le mandat premier de notre organisme est de ramener ces personnes à l’intérieur de la société. On considère donc que, lorsqu’une personne telle que notre membre parvient à se faire un petit cercle social, il ne faut surtout pas aller la pénaliser. Plus encore, il ne faut pas conclure qu’elle peut, délibérément et en toute connaissance de causes, produire de fausses déclarations.

Si elle le fait, c’est clairement en raison d’un sentiment de peur, et certainement pas avec le dessein de « mal faire », de frauder!

Ces gens n’ont rien dans la vie et ce que l’État leur fournit est bien maigre pour survivre de nos jours. Ils y parviennent néanmoins et tant mieux s’ils peuvent alléger un peu leur fardeau en nouant des liens avec d’autres personnes. D’autant plus que, dans le cas qui nous concerne, les personnes avec qui il a tissé des liens ne sont pas dans une posture financière plus confortable que la sienne!

Je me demande donc s’il ne s’agirait pas, au mieux, d’un manque de discernement, au pire, d’une forme de judiciarisation visant à aller récupérer des deniers publics là où il semble le plus facile d’aller en chercher : auprès des personnes vulnérables.