Ce qui motive mon choix

Ma décision est prise : je vais essayer d’être admis en travail social en septembre 2013. J’ai des chances autant du côté de mon parcours scolaire postsecondaire, même si ce n’est pas mon meilleur atout, que du côté de parcours personnel, probablement mon meilleur atout.

Dans mon précédent billet sur le sujet, j’ai parlé de mes motivations pragmatiques : proximité du campus, perspectives d’embauche, etc. Mais il y a des motivations plus personnelles, disons. Depuis un peu plus d’un an, je suis plongé dans l’univers, avec les péripéties de mon frère et mon travail avec les personnes traumatisées craniocérébrales (TCC) et je m’y sens à l’aise.

Avec mon frère, j’ai découvert le monde de la réadaptation, un concept vaste qui regroupe à peu près tous les services que peut recevoir un client. Ça va de l’hébergement aux appareils d’ergothérapies (fauteuil roulant, etc.), en passant par l’accompagnement dans le système à la recherche de services externes comme la massothérapie. Dans un sens, je n’ai pas aimé être confronté aux impératifs des « services sociaux », parce qu’elle concernait directement mon frère, mais dans un autre sens, j’ai trouvé ça stimulant d’en apprendre plus là-dessus et d’essayer de trouver des solutions pour lui.

Bien qu’il s’agisse d’un univers semblable, c’est surtout le volet « intégration sociale » que j’ai exploré avec les TCC. Ça faisait quelques années déjà que mon amie me demandait d’aller travailler pour son organisme l’été (travail étudiant), mais je refusais, un peu perplexe sur mes capacités. Il semble que j’avais tort, car je me débrouille plutôt bien, sans fausse modestie. J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à faire de travail, ce qui explique pourquoi je suis demeuré surnuméraire à la fin du contrat.

Cet été, mon travail consistait surtout à trouver des activités, allant de la grande sortie au simple plique-nique, adaptées, ou facilement adaptables, pour des TCC, mais aussi pour des personnes handicapées. Je devais aussi bien les répartir dans le calendrier et organiser tout ce qui devait l’être. Tantôt seulement le transport, tantôt l’activité au complet. J’accompagnais aussi les membres de l’organisme à l’activité.

Ça peut paraître banal comme travail, mais ce ne l’était point. Notre clientèle est essentiellement composée de TCC dits sévères, un groupe qui inclut maintenant les TCC qu’on qualifiait de « modérés ». Ça veut dire une clientèle dont les séquelles du traumatisme sont irréversibles. Ces séquelles peuvent prendre une multitude de formes, mais les plus communes sont la fatigue précoce, le manque d’inhibition, des problèmes d’équilibres et des sens soit absents, soit très développés (ex. : intolérance au bruit, aux odeurs, etc.).

Donc, ce n’est pas une mince affaire que d’organiser les activités ni d’accompagner les membres, mais c’est extrêmement gratifiant. J’adorais faire ça.

Depuis septembre, je suis un peu moins dans l’organisation, mais un peu plus dans l’accompagnement, dans la mesure où, contrairement à cet été, je viens un peu plus en aide directement aux membres qui en ont besoin. Cet été, c’était le travail des bénévoles, alors que j’étais l’animateur. Je goûte aussi ce qui concerne la gestion et le fonctionnement d’un organisme communautaire, dont la recherche de partenaires, l’implication dans diverses associations et l’élaboration de plan pour obtenir des subventions. Je mène aussi un projet personnel avec un membre, ce qui m’amène à découvrir le monde de l’intervention.

Il n’y a pas grand-chose que je n’ai pas aimé ou n’aime pas dans le travail que je fais. Je suis moins enthousiasmé quand je passe la journée à faire des statistiques ou construire des tableaux sur Excel, mais ça fait partie du lot et ça me convient.

Ce sont ces deux expériences qui me motivent à changer de branche. Je me sens un peu comme un poisson dans l’eau, surtout que s’ajoute à mon expérience une décade d’animation jeunesse. Mes collègues de travail et mes proches me voient bien dans ce domaine et je m’y vois aussi. J’ai envie d’en savoir plus et d’en faire plus.

Il semble que…

Il semble que les cartes veulent jouer en faveur d’un changement de champs d’études et, par conséquent, de carrière prévue. Au début de la semaine prochaine, j’ai une entrevue pour un travail contractuel pour un projet concernant des organismes oeuvrant auprès d’une clientèle handicapée. Je n’en dis pas davantage et je ne vendrai pas la peau de l’ours avant qu’il soit mort, mais ça augure plutôt bien.

Je croise les doigts!

Méditation universitaire

Disons-le d’entrée de jeu, ce billet ne concerne pas la confrontation entre de nombreux étudiants et le gouvernement sur la hausse des frais de scolarité, quoique son dénouement pourrait devenir un facteur d’influence. Non, ce billet est beaucoup plus personnel et concerne mon propre cheminement universitaire.

Depuis 10 mois, je travaille pour un organisme communautaire d’intégration sociale auprès d’une clientèle de personnes traumatisées craniocérébrales (TCC). Bref, la mission de l’organisme est de briser l’isolement dans lequel se retrouvent trop souvent les TCC modérés et sévères, notamment à cause de l’incompréhension des autres et d’une société mal adaptée à leur réalité. Je détaillerai peut-être ce que j’y fais dans un autre billet, mais pour des raisons de concision, je vais me contenter d’exprimer combien je trouve l’expérience stimulante.

J’y ai pris goût et c’est là le problème, car jusqu’à maintenant, je n’avais jamais vraiment envisagé de réorienter mes études.

Je suis toujours passionné d’histoire. J’aimerais bien faire carrière dans ce domaine, mais de façon réaliste, les débouchés liés sont peu nombreux. Il y a l’enseignement collégial et universitaire, ce qui vient avec une inscription à la maîtrise, qui est plus que nécessaire dans ce domaine. Après la maîtrise, l’historien éveillé saura trouver une panoplie d’emplois faisant appel à ses compétences, mais la plupart seront à cent lieues de la nature historique. Si Jean Charest avait respecté sa promesse électorale de 2008, non seulement aurai-je été abasourdi, mais l’accès à l’enseignement secondaire en histoire aurait beaucoup élargi les débouchés.

Dans le domaine social, les débouchés sont plus nombreux, quoique les programmes soient contingentés. À ce propos, j’ai plusieurs atouts qui pourraient m’obtenir une place : crédits universitaires, expériences intéressantes (10 ans de bénévolat chez les jeunes et un an de travail auprès des TCC) et des recommandations. Au niveau des débouchés, l’éventail est large, de sorte que même si l’on ne travaille pas exactement dans son domaine d’étude, on a plus de chances de demeurer dans son giron qu’en histoire.

Poursuivre en histoire implique, pour moi, de m’éloigner, le monde des universités montréalaises nuisant à mes études. J’avais choisi Sherbrooke pour diverses raisons, dont le député provincial local est exclu! Je pourrais reprendre mes études dès septembre et, avec de la chance, poursuivre à Sherbrooke en janvier, mais à ce moment de l’année, le logement poserait problème. Je ne suis pas certain que je serais capable de poursuivre une autre année complète à l’UQAM.

S’il y a réorientation, je ne pourrai commencer qu’en septembre 2013, et du début en plus, ce qui retarderait considérablement l’obtention d’un diplôme. Ce serait pour 2016 et j’aurai 33 ans. Toutefois, la maîtrise n’est pas aussi essentielle et lorsqu’elle l’est, il est souvent possible de la faire à temps partiel, sans compter que le placement prendrait sûrement moins de temps.

Un autre point à considérer, c’est que les deux programmes envisagés se donnent à moins de 30 minutes de chez moi, ce qui équivaut, pour une journée complète, à deux heures de moins en déplacement. En outre, c’est à l’extérieur de la grande région métropolitaine. Cependant, c’est une lame à double tranchant, car l’un des objectifs de mon départ vers Sherbrooke était de m’éloigner de la cellule familiale. Comme il n’y a pas de résidence sur l’autre campus, le logement poserait problème si je choisissais de néanmoins quitter la résidence familiale.

Autant en histoire que dans le domaine social, des gens me disent que j’ai un certain talent. Il semble que j’arrive à captiver les gens quand je leur parle d’histoire. Des jeunes m’ont dit qu’ils auraient aimé m’avoir comme professeur d’histoire au secondaire. Dans le domaine social, ce sont des gens du milieu qui m’en parlent. Des TCC, des proches et des travailleurs. Ils pensent que j’ai une bonne approche avec les gens, que j’assimile bien les notions et que j’ai un vécu personnel approprié.

Je sais que je pourrais oeuvrer dans les deux domaines. La question est de savoir si je vivrais bien en limitant l’histoire au rang de passion. Sans doute que je le vivrais mieux si c’était un choix que la conséquence d’un marché très limité. La question est aussi de savoir si étudier en travail social ou en psychoéducation serait aussi stimulant qu’étudier en histoire, car après tout, il y a un certain décalage entre les études et le terrain.

Je suis vraiment confus, là!

Au-delà du 1625

Le conflit qui oppose beaucoup d’étudiants au gouvernement Charest n’est pas seulement une question de hausse des frais de scolarité, mais plusieurs semblent se complaire dans cette simplicité. En réalité, elle concerne le manque total de mesures adéquates accompagnant cette hausse et qui la rend donc inacceptable aux yeux de plusieurs étudiants, mais aussi des parents et des professeurs.

Le récent faux-semblant des ministres Bachand et Beauchamp (B & B) n’est pas vraiment une mesure pour l’accessibilité aux études. Elle permet, au mieux, de sauver une poignée de jeunes de la classe moyenne de l’inaccessibilité en reportant après les études leur étranglement. Pour les moins riches, ceux qui peinent déjà à boucler leurs finances scolaires avec les actuels prêts et bourses, la situation ne vas que se détériorer à partir de septembre. D’ailleurs, on revoit la contribution des parents, mais pas les pénalités imposées aux étudiants qui travaillent.

Quant à la gestion des universités, qui est le noeud du problème pour plusieurs étudiants et professeurs, c’est le silence absolu de la part de B & B. On doute déjà que les frais déboursés soient réellement transformés en services aux étudiants et rien ne démontre que l’argent supplémentaire le sera. Certains parlent d’investissement dans l’avenir, alors que pour l’instant, c’est davantage une dépense à perte. Parmi les étudiants universitaires du Québec, ceux de l’UQAM ont particulièrement de quoi craindre pour leur argent.

Enfin, dans le même ordre d’idées que l’accessibilité, l’endettement étudiant est une question qui reste à élucider. Le concept du remboursement proportionnel au revenu est intéressant, mais soulève des questions. Celui qui a de maigres revenus paiera peut-être un montant mensuel plus confortable, mais pendant combien de temps? Quel impact cet étalement du remboursement aura-t-il sur les taux après la période d’exemption partielle? Est-ce que, après 10 ans à rembourser sa dette, l’étudiant moins nanti se retrouvera avec un solde qui, finalement, sera le même qu’au lendemain de la diplomation?

Tous les étudiants n’attendent pas un gel des frais de scolarités pour modifier le mandat qu’ils ont confié à leurs leaders étudiants. Plusieurs veulent retourner en classe le plus rapidement possible, car au-delà du péril qui guette la session d’hiver, c’est le début de la session d’été qui est péril. Une ouverture de la part du ministre Beauchamp en inciterait plus d’un à retirer son appui au prolongement de la grève, mais maintenant fermement 75 % de hausse sur cinq ans sans rien garantir et traiter les étudiants en citoyens de seconde zone ne peut pas être considéré comme une ouverture.

Les étudiants peuvent forcer les leaders étudiants à aller à la table des négociations mêmes si ces derniers n’obtiennent pas exactement ce qu’ils affirment vouloir. En revanche, la seule façon pour les étudiants de pousser la ministre à se présenter à cette table et à réellement négocier, c’est de donner des mandats de grève aux leaders étudiants!

Le carré jaune anachronique

Richard Martineau a fait un passage remarqué sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche soir. Je ne vais pas revenir sur l’entrevue complète. Sur Le Globe, Renart Léveillé donne un bon aperçu des réactions que ce passage a suscitées sur les réseaux sociaux. Pour ma part, je vais m’en tenir à la polarisation de l’actuel débat sur les frais de scolarité que le chroniqueur a déploré, portant même un carré jaune, qu’il compare maladroitement à la couleur des feux de circulation, pour démontrer que tout n’est pas rouge ou vert.

L’erreur de Martineau n’est pas de déplorer la polarisation du débat, car il l’est effectivement devenu. L’erreur est de croire que cette polarisation est un choix de premier ordre et qu’il représente bien le sentiment estudiantin. L’erreur est aussi de démontrer sa méconnaissance de la situation en arrivant avec un concept nuancé qui était déjà dans l’esprit de biens des étudiants… il y a deux ou trois ans, quand le dialogue était encore possible.

En 2012, je pense que bien des étudiants qui pourraient se sentir interpellés par le jaune se retrouvent désormais dans l’un des deux camps « polarisés », probablement parce qu’elles se sont senties acculées au pied du mur. Dans les rangs des rouges, tous ne sont pas favorables à la gratuité scolaire, ou du moins, doutent-ils de son application immédiate, et certains pensent même qu’une hausse des frais est inévitable. Chez les verts, il y en a qui savent que tous ne peuvent pas amortir les frais de scolarité de la même manière et qu’il faut en tenir compte pour assurer l’accessibilité aux études supérieures.

Tant chez les verts que chez les rouges, il y en a pour qui ni la hausse tel que prévu actuellement par la ministre Beauchamp, ni la contrepartie encouragée par les leaders étudiants n’est une avenue souhaitable. Cependant, devant ce qui semble être un dialogue de sourds, en donnant au mot « dialogue » un sens très large, certains étudiants n’ont pas eu le choix que de se retrancher dans un camp, selon ce qu’ils considéraient être le meilleur angle à adopter conséquemment aux circonstances.

Tous ne sont pas de mauvaise foi dans ce différend autour des frais de scolarité et pour quelques-uns – je ne saurais, bien honnêtement, avancer de chiffres – Richard Martineau arrive trop tard avec ces belles idées de nuance et de compromis. À l’heure actuelle, se regrouper sous une bannière telle que le carré jaune (ou bleu, comme d’autres l’ont suggéré, mais qui n’est pas pareil que le jaune) signifie un risque trop élevé de laisser l’un des pôles tout remporter, ne laissant rien à l’autre.

Sans compter que la tentative de Richard Martineau avait une forte odeur de rattrapage pour calmer, non pas les étudiants en colère, mais les autres qui seraient susceptibles de pencher de leur côté suite à son dérapage.