Arrêtez-moi ça!

Si l’on observe les dernières années de la politique canadienne et québécoise vue par le Québec, le disque est plutôt récent, mais il commence déjà à être usé, à mon avis. Je parle du disque sur lequel la chanson Enfin, le vieux débat fédéraliste-souverainiste va devenir un vrai débat d’idées gauche-droite, dans laquelle l’auteur prétend qu’avec la désintégration du Bloc Québécois et la montée de François Legault (plus que la CAQ en lui-même, admettons-le), la monopolisation de l’axe souverainistes-fédéralistes pivote lentement, mais sûrement, vers l’axe gauchistes-droitistes.

Pire, le second complet de la chanson estime que le brassage de vraies idées réside, comme par magie, dans cet axe gauche-droite. Je parle de magie, parce qu’on a fait disparaître, d’un coup de baguette, ce concept de « brassage de vraies idées » de l’axe souverainistes-fédéralistes sur lequel il se trouvait pour le faire réapparaître, par des formules magiques rhétoriques, sur l’axe gauche-droite.

Autrement dit, alors que, dans les années 70 et 90, les gens trouvaient plus généralement que l’arrivage de nouvelles idées passait par l’opposition entre souverainistes et fédéralistes, beaucoup de ces mêmes gens, dans les années 2000, trouvent que cette opposition n’est qu’une roue à hamster rouillée et que la seule source viable de nouvelles idées est la dichotomie gauche-droite.

Arrêtez-moi ça!

D’abord, je ne vois rien de nouveau dans la politique canadienne et, surtout, québécoise. Autant je ne trouvais rien de bien original aux idées de l’ADQ en 2006-2007, autant je ne trouve rien de bien rafraîchissant aux idées de François Legault et de la CAQ. Ces idées sont innovatrices et audacieuses pour plusieurs que parce qu’on y prête, collectivement, plus attention. Cette nouvelle attention est, je pense, davantage liée à l’affadissement du discours et des discoureurs des « vieux partis » qu’à autre chose.

Ensuite, je n’ai jamais vraiment perçu qu’il y eût un débat entre les souverainistes et les fédéralistes. Il y avait les uns d’un côté et les autres de l’autre, se toisant, se traitant de tous les noms et se rejetant sur l’un l’autre la responsabilité de tous les maux de la terre. Les seuls moments où les deux semblaient se rapprocher assez pour qu’il y ait un débat, c’était lorsqu’une question obtenait la même réponse chez les deux, et donc, lorsqu’il n’y avait pas matière à débat.

C’est exactement ce que j’observe depuis quelques années au Canada et au Québec entre la gauche et la droite. Je l’ai observé sur les blogues, dans les émissions d’affaires publiques, dans les vox-pop et dans les partis politiques. Même si l’on se rend compte d’une mise à l’avant-scène du rapport gauche-droite, je ne pense pas que ça va changer de sitôt.

Au Canada et au Québec, je ne pense pas qu’on soit collectivement capable de débattre. On jappe fort, on crache parfois et l’on mord à de rares occasions, mais on finit toujours le débat en se rasseyant sur ses positions, confortables à souhait. On félicite l’adversaire d’avoir avancé de solides arguments auxquels, au fond, on n’a porté aucun intérêt. Les louanges, plus rares, fusent lorsque son parti n’a rien à perdre ou lorsqu’il serait dommageable de ne pas en adresser. Elles sont le plus souvent disproportionnées, ce qui trahit leur manque de sincérité, un manque confirmé très vite, car dès que possible, on ressort le couteau et l’on recommence à sabrer dans le tas!

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  1. gradlon a publié ce billet
 
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