Une zénitude difficile à garder
Il me devient de plus en plus difficile de garder ma zénitude quand je lis un texte de Richard Martineau. J’ai donc pris la résolution de retirer son « blogue » de mes lectures quotidiennes, car ses mots sont un véritable poison. Je ne voudrais pas non plus qu’il devienne trop souvent le sujet de mes billets. Cependant, je ne peux rester muet devant son dernier torchon, dans lequel il s’en prend bassement à une étudiante en travail social qui a eu la candeur et le courage de lui montrer qu’il parlait à travers son chapeau, pour autant qu’il puisse encore exister un chapeau assez grand pour lui faire.
Candide, car il faut être naïf pour croire qu’on puisse faire comprendre quelque chose à cet homme. Il est aussi fermé que les écoutilles d’un sous-marin en plongée. Rien n’entre. Courageuse, car pour quiconque lit M. Martineau sans être son public cible, il est aisé de prévoir qu’il fera appel au plus lâche des sophismes : l’attaque personnelle. Tel un sous-marin en plongée, les seules choses qui sortent de M. Martineau sont des armes visant à couler l’adversaire.
Pour citer cette grande plume québécoise, Emmanuelle Locas se préparerait à une « carrière longue et fructueuse ponctuée de colloques et de congrès ». C’est de la diffamation pure et simple, en plus d’être complètement gratuit.
D’abord, le métier de travailleur social est certes bien payé si on le compare à d’autres, mais il n’est pas du tout fructueux. Un TS ne fait pas de profit sur son travail. Ensuite, il y a peut-être des TS qui participent à des pseudocolloques et congrès, mais la plupart suivent des formations pour se maintenir à jour dans un monde en constante évolution, contrairement aux idées de M. Martineau.
Plus loin, M. Martineau écrit : « Si je suis condescendant, madame Locas, vous, vous êtes insultante envers les VRAIES victimes d’intimidation. » Que sait M. Martineau des vraies victimes d’intimidation? D’abord, qu’est-ce qu’une vraie victime d’intimidation?
Quelqu’un qui s’est fait traiter de « morveux », de « pédé », de gros puant, de « loser », de microbe, de gros dégueulasse, de gros « criss » de laid? Qui s’est fait plus qu’une fois bousculer, qui a reçu son lot de gommes dans les cheveux, qui s’est fait « tabassé » dans la cour de récréation ou en attendant l’autobus, qui prenait tous les détours possibles pour éviter les brutes, qui s’est fait attaqué avec un scalpel en pleine classe?
Cette personne peut-elle être considérée comme une « vraie » victime? J’aimerais le savoir, parce que cette personne, c’est moi. Et moi, c’est M. Martineau que je trouve condescendant et insultant… envers les victimes!
Condescendant, car il insiste trop sur la souffrance des victimes. Venant d’une personne empathique de réputation, j’accueillerais ces considérations pour ce qu’elles sont, mais je ne considère pas M. Martineau comme étant empathique. Ses mots ne m’inspirent pas la compassion, mais l’opportunisme de bas étage. Quoi de mieux que la souffrance humaine pour engendrer chez ces fidèles lecteurs des commentaires flagorneurs?
Je déduis, là, et contrairement à M. Martineau, je suis capable de le reconnaitre.
Insultant, car il s’en prend aux rares personnes qui ont compris qu’il y a un mécanisme derrière l’intimidation et que c’est en s’attaquant à ce mécanisme qu’on pourra juguler le problème. Ce que les victimes d’intimidation souhaitent le plus ardemment, c’est de ne jamais avoir été victimes, bien plus que de savoir que leurs agresseurs seront punis.
La seule chose que la répression de l’agresseur puisse garantir à sa victime, c’est qu’elle ne sera plus intimité par cette personne. Elle ne peut lui garantir de ne pas être intimidé par d’autres personnes ensuite, en commençant par les amis et la famille de son ancien bourreau. Dans le meilleur des cas, elle empêchera la souffrance de prendre de l’ampleur, mais elle ne pourra jamais la détruire.
En s’attaquant aux personnes qui pourraient parvenir à endiguer le problème, ou plus raisonnablement, à en diminuer l’ampleur, M. Martineau inflige aux victimes une baffe qui fait presque aussi mal que celles que leur ont infligées leur agresseur. Pourquoi? Parce qu’il encourage un monde où la haine continuerait d’être le moteur, où les agresseurs obtiendraient davantage de raisons de continuer l’intimidation que de raisons pour le faire cesser, où les victimes seraient laissées à elle-même parce qu’on aurait le sentiment du devoir accompli en punissant les agresseurs, où l’espoir d’une société plus pacifique et meilleure a toutes les chances de ne demeurer qu’un espoir…
Une société d’après-coups. Or, les victimes en ont assez des coups.
J’avais fait la liste de tous les sophismes auxquels se livre M. Martineau dans son dernier billet, mais je préfère vous laisser les découvrir par vous-mêmes. Je vais seulement relever le plus évident, outre l’attaque personnelle : l’épouvantail. Il en est question lorsque M. Martineau laisse faussement croire que Mme Locas minimise, ou est indifférente, aux souffrances des victimes parce qu’elle considère également celles des agresseurs dans l’équation globale.
Je trouve le comportement de M. Martineau abject envers une personne qui, de bonne volonté, a écrit un commentaire d’une pondération exemplaire et d’une nuance qui devrait lui servir d’exemple. Car en écrivant qu’elle « n’excuse pas leurs gestes ou leurs paroles d’intimidation », elle démontre bien qu’elle a tout autant à coeur les souffrances des victimes, mais M. Martineau, par paresse intellectuelle, en fait table rase pour prétendre, de manière grossière, qu’elle et ses confrères oublient les victimes parce qu’ils ne penseraient qu’aux agresseurs.
Dire qu’il y en a qui prennent Richard Martineau comme un modèle. Voilà qui est bien inquiétant!
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gradlon a publié ce billet