Des détails qui comptent

Il y a une quinzaine d’années, j’ai eu un professeur de français qui était journaliste de formation. Il m’avait expliqué que le journaliste devait rapporter les faits de manière circonspecte et détachée. Autrement dit, il devait éviter les informations inutiles et ne pas laisser transparaître son opinion.
Ces balises ne sont plus que des options pour certains journalistes et certains médias.
Sur les chaînes d’information en continu, les informations inutiles sont devenues légion, remplissage de temps d’antenne exige. Il y a aussi la surenchère de témoignage à la caméra, car le modèle se répète et que le journaliste précède presque toujours le témoin en indiquant ce que ce dernier s’apprête à dire! J’ai toujours considéré que, à l’exception de personnalités publiques et de portes-parole officiels, les témoignages devraient toujours être rapporté par le journaliste lui-même, point final.
Toujours sur ces mêmes chaînes d’information en continu, il semble être devenu de plus en plus difficile pour les journalistes, mais surtout les chefs d’antenne, de conserver une certaine distance avec la nouvelle. C’est probablement parce qu’ils sont beaucoup plus longtemps en ondes, à annoncer les mêmes nouvelles et à regarder les mêmes – littéralement – reportages. Ajouter son grain de sel ici et là doit certainement réduire la redondance, davantage pour le chef d’antenne lui-même que pour le spectateur.
Si parfois il est clair que le journaliste ou le chef d’antenne partage son opinion, c’est souvent de façon plus subtile.
Prenons l’exemple d’un journaliste qui rapporte les paroles d’un politicien. Si le journaliste dit « le ministre Untel dit que le viaduc est sécuritaire », il fait un travail que je qualifierais d’irréprochable. Si le journaliste dit « le ministre Untel se veut rassurant concernant le viaduc », je considère qu’il met en doute les paroles du ministre. À l’inverse, s’il dit « le ministre Untel a rassuré la population sur la sécurité du viaduc », je le perçois comme la projection sur la population du sentiment personnel du journaliste.
Bien sûr, cela s’applique aussi aux reportages écrits.
On pourrait aussi ajouter les fausses questions, comme : « Le ministre n’aurait-il pas pu faire telle ou telle chose ? ». On sort du factuel pour entrer dans le conjectural. La plupart des adjectifs qualificatifs et des déductions trahissent aussi une opinion. Par exemple : « un compromis satisfaisant » plutôt que « un compromis dont les deux parties sont satisfaisaits » ou encore « un sondage catastrophique pour tel parti » plutôt que de simplement dire que tel parti a perdu des points selon un sondage.
Ce sont là des détails, mais des détails qui comptent, selon moi. Surtout lorsque, avec le temps, un schéma ce dessinent autour de ces détails. Je ne pense pas qu’un chef d’antenne doive être détaché en tout temps, mais je considère que cela est nécessaire pour les bulletins plus officiels, comme ceux du midi, en début de soirée et en fin de soirée. Pour les journalistes, je soutient que ces balises doivent être respectées en tout temps.
Photo: Daniel R. Blume (via Wikimedia Commons)
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