Je ne veux pas vivre dans cette société

M. Pierre-Hugues Boisvenu souhaite vivre dans une société où les victimes d’actes criminels seraient au coeur du système judiciaire. L’internaute qui a cavalièrement piégé des cyperprédateurs et qui a ensuite diffusé ces confrontations sur la Toile croit vivre dans une société où le citoyen peut – et probablement, doit – se substituer aux enquêteurs. Ils ne sont pas les seuls. Quant à moi, je ne veux pas vivre dans cette société.

M. Boisvenu menait une bataille jadis louable en prenant la défense des victimes secondaires d’actes criminels. La prémisse de cette bataille est toujours louable, mais entre 2004 et aujourd’hui, le discours de M. Boisvenu s’est radicalisé. Il ne semble plus penser aux victimes, mais seulement aux victimes. Voilà pourquoi, quoique s’en plaigne M. Boisvenu, c’est bel et bien le messager que plusieurs dénoncent et non pas le message!

Je veux vivre dans une société où les victimes sont mieux traitées par l’État, mais je ne veux pas vivre dans une société qui appliquerait une loi du talion déguisée. Une société où la dette qu’un criminel doit rembourser dépend des conséquences sur les victimes davantage que la nature du crime. La dette envers la société est remboursable, mais celle envers la victime l’est rarement, et pour cause. Une société où les victimes mettraient plus d’espoirs dans l’analgésique éphémère qu’est la répression pour soulager leurs souffrances que sur les véritables mesures de cicatrisation.

Une société qui se priverait de la possibilité de mettre à contribution des criminels repentants parce qu’elle préfère gaspiller ses deniers publics à les garder en prison ou, pire, en les exécutant! Un criminel qui a payé son dû et qui a été bien pris en main est un potentiel futur payeur d’impôts, et souvent, un indispensable outil de prévention.

Je veux vivre dans une société où les forces policières disposent de meilleurs moyens pour traquer et appréhender les cyperprédateurs, mais je ne veux pas vivre dans un monde où le citoyen peut se faire inquisiteur, juge et bourreau. Pire, une société dans laquelle ces actes seraient encensés par la population. Ça commence d’abord par une enquête à la J.E., puis ça se transforme en accusations torchées qui font office de jugement et ça se termine par des vendettas.

Je me garde bien de faire là un sophisme de la pente glissante!

J’approuve la codification des lois et des peines. J’approuve ce recul du système judiciaire par rapport aux sentiments des victimes. Je suis d’accord que pour un crime identique, sentence identique, indépendamment de l’écart entre les conséquences que subissent les victimes. Certains codes doivent être revus et les victimes doivent être mieux traitées par l’État, mais je pense qu’on est sur la bonne voie et que c’est davantage en marge du processus judiciaire que les victimes doivent être mieux encadrées.

Quant aux justiciers en herbe, ils devaient d’abord se pencher sur les raisons qui expliquent pourquoi les corps policiers de la province peinent à traquer et appréhender les criminels. Ils pourraient être surpris de voir leurs plus implacables conceptions apparaître dans la liste des causes!

Aïe! Aïe! Aïe!

Photo: Scott*

 
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