Un écran de fumée

Il y a quelques années, j’avais expliqué que je n’étais pas systématiquement contre la hausse des frais de scolarités. Idéalement, une hausse raisonnable des frais de scolarités pour les études postsecondaires signifierait une bonification de l’investissement dans la qualité et la quantité des services aux étudiants. Idéalement, les mesures d’accès à l’éducation seraient améliorées en conséquence et, puisqu’il s’agirait d’un « investissement » de la part de l’étudiant, le fardeau financier qui suit les études postsecondaires serait plus facile à absorber.

Mais la situation au Québec est loin d’être idéale.

Pensons purement capitaliste un moment. Ce que je vois, pour l’instant, c’est de payer plus cher pour un produit que j’obtiens déjà à un coût que je trouve au-delà de sa valeur réelle. On essaie de me rassurer en me disant que le système des prêts et bourses déjà déficients et insuffisants en place sera ajusté en conséquence. Ce système en question tient autant compte de la capacité de l’étudiant à défrayer sa scolarité que son hypothétique capacité à rembourser après ses études.

On me demande de donner plus d’argent à un gouvernement qui démontre son incapacité à gérer l’argent qui lui est déjà confié. Il paie très cher pour des infrastructures routières de qualités douteuses. Il dépense de l’argent pour que des compagnies étrangères viennent nous départir de nos ressources naturelles et en rapportent les bénéfices dans leur pays. Il accorde de nouvelles enveloppes budgétaires à un système de santé et, lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’obtient aucun résultat, décide de retirer ces enveloppes et celles d’avant.

Actuellement, je n’ai aucune confiance que l’argent supplémentaire que je vais « investir » dans mes études me reviendra à travers les services qui me seront rendus. J’ai un immense monstre derrière la station centrale pour nourrir mes doutes. Comme ma capacité à rembourser mes prêts ne s’améliorera pas comme par magie, je doute que mes prêts et bourses soient indexés aux nouveaux frais scolaires. Ils ne sont déjà pas indexés au coût de la vie!

Actuellement, je n’ai aucune confiance que le gouvernement cherche à améliorer la qualité des études postsecondaires. J’ai plutôt l’impression qu’il cherche simplement à créer un écran de fumée pour dissimuler les lacunes beaucoup plus profondes de notre système d’éducation et notre société en général. Faisons payer les étudiants et donnons l’impression à notre base électorale qu’on règle le problème.

Oublions que nous préparons mal notre jeunesse aux défis que posent les études secondaires et qui fait en sorte que nous payons collectivement pour des étudiants qui ne seront jamais diplômés. Oublions que nous nivelons par le bas dans nos écoles publiques sous-subventionnées parce que nous envoyons l’argent dont elles ont besoin dans des écoles qui, par définition, ne sont pas censées en avoir besoin.

Oublions que nous encourageons une société de surconsommation et qu’on demande au public cible des artisans de cette surconsommation, leur vache à lait, de s’en priver pour se payer des études. Une demande faite par une partie de la population qui, elle, ne veut pas s’en priver pour se payer un système de santé et des infrastructures publiques adéquats.

Oublions que nous créons un dangereux clivage entre une classe pauvre de plus en plus imposante (et pauvre) et une classe riche de plus en plus riche (et difficile d’accès), que nous créons des environnements familiaux et économiques de plus en plus lourds pour les futurs étudiants des cégeps et des universités, qui évolueront dans un monde qui tiendra de moins en moins compte de leur réalité.

Oublions que nous avons une culture, au Québec, de payer chaque dollar 1.50 $…

Oublions!

 
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